Le Pakistan profite du World Defense Show de Riyad pour mettre en avant son JF-17 Thunder Block III, présenté comme un chasseur multirôle moderne à coût maîtrisé. Derrière l’argument commercial, l’objectif est clair. Capitaliser sur son engagement récent face à l’Inde pour crédibiliser un appareil déjà éprouvé en situation réelle.
Proposé entre 23 et 46 millions d’euros selon la configuration, le JF-17 se positionne sur un segment budgétaire très inférieur aux standards occidentaux les plus avancés. À titre de comparaison, un Rafale dépasse largement les 90 millions d’euros l’unité selon les contrats export. Cette différence permet à certains États d’augmenter le nombre d’appareils acquis pour un budget équivalent, et donc d’élargir leur couverture aérienne.
Parmi les pays cités comme intéressés figurent le Bangladesh, l’Indonésie, l’Irak, l’Arabie saoudite, la Libye, le Soudan, mais surtout le Maroc. Pour Rabat, l’intérêt potentiel ne relèverait pas d’un simple effet d’opportunité commerciale mais d’une logique stratégique beaucoup plus large.
Le Maroc dispose déjà d’une flotte structurée autour de F-16 modernisés, avec un effort constant de mise à niveau technologique. L’enjeu pour les Forces Royales Air consiste à maintenir un équilibre entre performance, disponibilité opérationnelle et maîtrise des coûts sur le long terme. Dans ce cadre, un appareil de catégorie intermédiaire comme le JF-17 pourrait théoriquement répondre à des missions secondaires ou complémentaires, notamment en défense aérienne ou en appui tactique, sans mobiliser des plateformes plus coûteuses.
Un autre argument avancé par Islamabad concerne l’indépendance vis-à-vis des chaînes d’approvisionnement occidentales. Le JF-17 est développé en coopération avec la Chine et peut intégrer des armements chinois sans validation américaine. Pour certains États confrontés à des contraintes politiques ou à des délais d’exportation, cette flexibilité constitue un levier. Pour le Maroc, qui entretient des partenariats militaires étroits avec les États-Unis et plusieurs pays européens, toute diversification éventuelle devrait toutefois s’inscrire dans une cohérence globale de doctrine, de maintenance et d’interopérabilité.
Sur le plan technique, la version Block III intègre un radar AESA, un affichage tête haute avec viseur de casque, une guerre électronique modernisée et la compatibilité avec des missiles comme le PL-10E à courte portée ou le PL-15E à plus longue distance. L’appareil ne vise pas la supériorité aérienne face aux chasseurs lourds de cinquième génération, mais une capacité multirôle accessible financièrement.
L’argument central du Pakistan reste l’expérience opérationnelle. L’engagement de mai 2025 face à l’Inde est présenté comme une validation en conditions réelles. Dans l’industrie de défense, ce facteur pèse dans les décisions d’achat. Un système ayant déjà opéré en contexte de crise bénéficie d’une crédibilité accrue.
Pour le Maroc, qui se prépare également à coorganiser la Coupe du monde 2030 aux côtés de l’Espagne et du Portugal, la sécurisation de l’espace aérien demeure une priorité stratégique durable. Toute réflexion sur l’évolution de la flotte de chasse s’inscrit dans une vision de long terme mêlant défense du territoire, coopération internationale et équilibre budgétaire.
Le JF-17 Block III occupe ainsi une niche bien identifiée sur le marché mondial. Pour Rabat comme pour d’autres capitales, la question ne se limite pas au prix d’acquisition. Elle englobe l’architecture globale de défense, la fiabilité des chaînes logistiques, les alliances stratégiques et la cohérence technologique de la flotte.





